Rencontres
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Jeanne

C’était une rentrée quasi caniculaire. On était pas très nombreux dans la classe mais la maîtresse paraissait intimidée par notre présence. Jeanne était assise sur le même banc que moi. Je l’ai tout de suite remarquée parce qu’elle portait un chemisier que je possédais dans ma garde-robe. La directrice a fait une petite intervention pour rappeler le règlement, on s’est regardé avec Jeanne, en signe de solidarité sans doute. Cette rentrée en grande section avait une valeur tout à fait particulière puisque c’était celle de nos filles respectives.


Pour Jeanne, voyage et nourriture sont indissociables. Derrière chaque plat qu’elle cuisine, se cache une fable ou un conte aux notes orientales ou méditerranéennes. Elle est particulièrement attachée à Fès où elle se rend dès que possible, dans la maison d’hôte de ses parents, Catherine et Michel. C’est une grande chineuse aussi et lorsqu’elle m’a dévoilé les trésors de sa boite à bijoux, je me suis sentie fébrile comme une petite fille qui aurait découvert un joyau au fond du jardin.

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Dans le salon de la jeune femme, photo et percussion

Peux-tu te présenter ?

Je suis basée à Aix-en-Provence avec mes enfants. J’ai créé, il y cinq ans, une marque d’écharpes principalement, avec une amie d’enfance. Emma travaillait dans les ateliers de tissage d’Hermès, elle s’est passionnée pour ce travail. Moi, j’ai une histoire dans le textile. Mon père est expert en textile ancien, j’ai baigné, grandi dans les textiles. J’ai été trimballée dans plein de pays dans lesquels on rencontrait des gens qui tissaient, brodaient, ça m’émerveillait. J’ai travaillé dans une maison de couture à Paris, chez Yohji Yamamoto. Puis, Emma m’a demandé de m’associer à ce projet que je trouvais génial, qui me permettait aussi de bouger, de voyager, ce que j’ai toujours aimé faire. On a alors ouvert cet atelier, à Katmandou, avec une jeune femme népalaise brillante qui est très douée dans l’histoire du tissage. MELT était né et notre marque est désormais vendue dans des concept stores, des boutiques multimarques de luxe essentiellement, au Japon, en Angleterre, en Allemagne. On travaille des matières comme le yak, le chameau, la soie, le cachemire. Ce ne sont pas des produits ethniques dans le style, on dessine nos propres collections. On a commencé avec une toute petite équipe avec un seul métier à tisser et aujourd’hui on en a quatre. Ce sont des métiers à tisser en bois, les tisseurs travaillent de manière artisanale et traditionnelle. Pour une écharpe, il faut un minimum de trois jours de préparation pour installer le métier à tisser.
On a pour projet d’explorer l’univers de la maison. On souhaite rester sur la forme carrée et/ou rectangle de l’écharpe et de la développer au maximum en déco.

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Quelle place occupe la nourriture dans ton quotidien ?

Je n’ai pas vraiment de règles alimentaires mais c’est important pour moi de bien se nourrir. J’achète beaucoup de produits bio parce que psychologiquement je me sens mieux et que le goût est meilleur mais ça n’est pas obligatoire.
J’étais le marmiton de mon père déjà toute petite. A 15 ans, j’habitais seule pour mes études, je cuisinais pour les copains de ma classe. La cuisine orientale m’a toujours énormément inspirée, le tajine en l’occurrence était une de mes spécialités.

nourritures-rencontres-jeannebiehn-copyright-photo-nourritures-image9C’est une affaire de transmission la cuisine chez toi ?

Mon père est un passionné de cuisine, il m’a transmis ce plaisir de cuisiner, des bonnes choses. La base de sa cuisine c’est la cuisine provençale, méditerranéenne celle de sa mère et de sa grand-mère mais sa cuisine, il l’a vraiment faite évoluer grâce aux voyages qu’il faisait, ça lui permettait de revisiter sa propre cuisine. Ma mère s’est faite sortir des fourneaux par mon père qui aimait ça plus qu’elle. Elle fait néanmoins le meilleur riz au lait de la planète !
On allait au marché de l’Isle-sur-la-Sorgue les jeudi et dimanche. C’était vraiment une cuisine du jour avec des produits frais, du pain frais. Après j’aidais en cuisine, j’épluchais les légumes, j’étais très active.
L’imam bayaldi, c’est une recette héritage de mon père, à base d’aubergine et de tomate,  je la cuisine les yeux fermés. (Recette à découvrir très prochainement sur le blog)

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Comment se passent les repas avec tes enfants ?

Mon fils est très ouvert à toutes sortes de plats à partir du moment où j’introduis de la viande. Il aime les plats mijotés, les légumes fondants, les épices, le piment. En revanche, avec ma fille c’est un peu plus compliqué avec  « le légume », elle appréciera en revanche les plats parfumés.

Le plat qui les mettra d’accord ?

Je fais une base de sauce bolognaise avec viande hachée et tomate. Elle, mangera avec des pâtes et lui, avec du riz.

Tu as un « style » en cuisine ?

Je cuisine peu de spécialités françaises. Je retiens de mes voyages des plats que je me réapproprie, je fonctionne au feeling. Je ne cherche pas à retrouver précisément une recette d’un plat que j’aurais goûté en voyage mais plutôt je m’en inspire, comme le tajine de lentilles du Maroc que je fais à ma façon. J’adore cuisiner les lentilles, avec toujours cette base, ail, oignon et pulpe de tomate. J’ajoute des légumes en fonction de ce que j’ai. Je laisse mijoter le tout dans une marmite en fonte pendant une ou deux heures. J’arrête la cuisson lorsque la texture me convient, un peu comme un ragoût.
La viande, je n’en cuisine pas souvent mais quand j’en fais, j’aime la préparer en marinade comme les filets de poulet que je laisse mariner toute une après-midi au frigo dans une sauce moutarde-ail-soja. Le soir, tu fais cuire tes filets à la poêle dans un filet d’huile d’olive. Délicieux ! J’ai une grosse faiblesse pour le gigot d’agneau de 7 heures, impossible à râter.
Au delà du fait de manger, j’ai une passion pour le geste dans la culture méditerranéenne et africaine. Je peux observer pendant des heures une femme marocaine pétrir du pain. Il y a un rythme, une cadence, c’est envoûtant.
Au Sénégal aussi, les femmes travaillent la semoule de manioc pendant de longs moments jusqu’à obtenir des petites boulettes de semoule. Tout ça a une dimension artistique. nourritures-rencontres-jeannebiehn-copyright-photo-nourritures-image15

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As-tu un souvenir d’enfance directement lié à la nourriture ?

L’île flottante de mon père. Elle lui est tellement personnelle que je n’essaie même pas de la refaire. C’est  notre dessert d’anniversaire à mon frère et moi.

As-tu une addiction culinaire ?

Le beurre de cacahuète maison en provenance de Fès préparé par Michel Biehn, mon père. Mes enfants en raffolent. Il le fait quelques fois avec de l’huile d’argan, des cacahuètes mais aussi des amandes, des noix de cajou. Tu le tartines sur une tranche de pain, une crêpe.
Je repasse commande auprès de mon père dès qu’on a écoulé le stock, c’est inconcevable de ne pas en avoir ! Et puis ça remplace le beurre au lait de vache.

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Ta recette « pour tous » ?

Une recette d’Emma, mon associée. Des coquillettes associées à une salade de mâche, roquette, mesclun, des tranches de bresaola et ma fameuse sauce aux graines et à la moutarde.nourritures-rencontres-jeannebiehn-copyright-photo-nourritures-image2nourritures-rencontres-jeannebiehn-copyright-photo-nourritures-image11

A qui décernerais-tu la palme du meilleur resto, toutes nationalités confondues ?

En toute objectivité, le chef Icham qui travaille dans le resto de mes parents à Fès. Pour le filet de poulet farci aux cèpes et aux fruits secs, je suis capable de prendre un vol uniquement pour ce plat.

Face à un dîner de dernière minute chez toi, avec dix potes affamés, tu cuisines quoi ?

Des spaghetti à l’ail. J’ai toujours de l’ail frais chez moi, j’ai toujours des spaghettis. Je coupe beaucoup d’ail que je fais confire dans de l’huile d’olive à très basse température pendant longtemps (environ 25-30 minutes) puis je rajoute quelques louches d’eau salée des pâtes. Je touille bien, j’obtiens une sauce que je mélange à mes pâtes. ça fait toujours son petit effet même chez ceux qui n’aiment pas spécialement l’ail.nourritures-rencontres-jeannebiehn-copyright-photo-nourritures-image14
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©photos Lucie Cipolla

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