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Marie et Mathieu

Marie pourrait tenir un restaurant étoilé, si elle n’avait pas d’autres passions qui l’animait dans la vie, tant elle est érudite sur le sujet. Le matin, quand on se retrouve au café, on parle de beaucoup de choses, futiles et parfois très graves et on parle aussi de bouffe, de bonne bouffe, de plats mijotés, de cuisine thaï, de poulpe. Aux côtés de Marie, il y a Mathieu. Tous deux partagent le quotidien, le travail et le plaisir de la table.

Le jour de l’interview, Marie a préparé trois plats, comme ça, l’air de rien. Ses gestes étaient précis, elle ne montrait aucun signe de stress, pas la moindre hésitation. D’un naturel déconcertant, elle a tout fait à l’œil, à l’instinct. Des produits de la mer essentiellement, qu’elle cuisine avec respect et générosité.

Marie de dos dans sa cuisine, bouillon en cours de préparation

Collage photo et graphique

Peux-tu te présenter Marie ?

Je suis graphiste en 3D, je fais des images pour l’architecture, avec Mathieu, depuis une quinzaine d’années. Mais, j’ai aussi fait de l’illustration, des pochettes de disque.
Je suis originaire de Marseille, et à 25 ans, je suis arrivée à Paris, pour travailler dans le graphisme.
Depuis deux ans, on vit à Aix-en-Provence, avec notre fille Mila, pour un nouveau projet de vie. C’est comme une sorte de boucle, on est tous les deux originaires du sud, et on y revient avec plaisir en famille.
Professionnellement, on se lance dans la céramique, on ressent le besoin d’être plus créatifs, plus en phase avec le manuel. Là encore, on va travailler en couple, on a des caractères très différents. En revanche on est très fusionnels pour les idées, et la motivation. On se stimule mutuellement pour avancer, quand il y a beaucoup de boulot, et à l’inverse, on profite ensemble des moments plus calmes.

La cuisine, c’est aussi une histoire de couple ?

C’est une histoire de couple, oui, parce que je cuisine pour faire plaisir à Mathieu, mais en pratique c’est plutôt mon histoire à moi. Quand j’ai rencontré Mathieu, il se satisfaisait tout à fait d’un mac do, d’une pizza, d’œufs sur le plat, de frites, dans un éternel recommencement. C’est moi qui l’aie vraiment amené à aimer des choses qu’il ne connaissait pas, les légumes, les plats mijotés, le poisson.
Moi j’aime vraiment cuisiner, ça n’a jamais été une corvée. Avant tout, c’est une histoire familiale parce que j’aime faire plaisir à ceux que j’aime, à Mila et à Mathieu.
Avec les années, les goûts de Mathieu se sont précisés. Quand on reçoit, Mathieu participe activement, il sait à peu près tout faire !

A droite, Mathieu tient une œuvre de son gran-père. A gauche, une corbeille de fruits.

Collage photo de déco del'appartement

Ce plaisir de cuisiner, tu l’expliques comment ? ça vient d’où ?

Sans aucun doute, de maman, qui cuisinait beaucoup mais aussi de ma grand-mère, mon arrière grand-mère, toute une génération de femmes qui préparaient leurs gnocchis à la fourchette, qui faisaient mijoter des petites daubes, des salades de poulpe. De mes origines marseillaises aussi.
En cuisine, maman me faisait beaucoup participer, je suis l’aînée de trois sœurs, je prenais ça très à cœur.
Pendant ma vie étudiante, j’ai exploré les fast food, les lasagnes surgelées mais hormis la facilité, ça m’a très vite dégoûtée. Manger des plats sans saveur, qui juste remplissent, je restais toujours sur ma faim tout en ayant mangé.
Très vite donc j’ai cherché à reproduire des plats maison.

Collage photo intérieur - extérieur

Et avec ta fille, comment t’y prends-tu pour lui transmettre ton plaisir de cuisiner ?

A son âge, elle a déjà des notions assez pointues. Je lui fais goûter, sentir. Très souvent, elle mange pendant que je finis de cuisiner pour nous. Je lui fais deviner si c’est un topinambour, un panais. Après, elle est trop jeune pour apprécier la nouveauté, elle préfère les choses simples ou certains goûts qu’elle a adoptés comme le gingembre, que j’introduis dans les légumes anciens, avec du poulet, par exemple.

Deus photos, une petite fille et une vue d'une terrasse à AIx

As-tu un souvenir d’enfance étroitement lié à la nourriture ?

Mes arrières grands-parents avaient un abricotier énorme dans leur jardin à Saint-Loup à Marseille. On avait des bocaux toute l’année et maman faisait des tartes aux abricots à la crème d’amande. Tout l’été on se goinfrait d’abricots, on mangeait même les amandes des noyaux. C’est mon rêve de replanter un jour un abricotier.

collage photo, terrasse ensoleillée et hall d'entrée

Détail de la cheminée du salon

Ton plat infaillible ? Ton produit culte ?

Il y en a plein. L’hiver, les plats mijotés. On les prépare la veille, ils cuisent longtemps, ils demandent très peu d’attention, comme la seiche au safran et au fenouil séché, avec une sauce au vin, ou la viande à bourguignon, pour en faire une daube marseillaise à la sauce tomate et vin rouge.
Ou encore, les alouettes sans têtes, une spécialité provençale composée d’un hachis enroulé dans une mince tranche de viande de bœuf.
Mais aussi les gratins de légumes, les gnocchis au four avec une sauce tomate fraîche et de l’ail cru.
Ma culture, c’est les produits de la mer. Je me donne beaucoup de mal pour aller les chercher, je vais à Marseille parce qu’on trouve des poissons vivants. Les nettoyer, les vider, les congeler, les décongeler (afin  de les attendrir), les cuisiner, c’est beaucoup de boulot. C’est un produit mal exploité le poulpe, voire même pas du tout, il est très rare de le trouver sur une carte de resto. C’est pourquoi j’aime souvent le cuisiner pour mes amis.
Il y a aussi quelque chose de proche du mystique. J’ai le sentiment, quand on a tué une bête pour la manger, que se donner du mal pour en faire un plat délicieux, et limite se battre un peu avec des tentacules, sa peau visqueuse c’est aussi lui rendre hommage.

Quelques céramiques

Diptyque photo et image d'archive

Le choix des produits est important ?

Je suis très attentive à ça, je ne me lance même pas dans la cuisine si je n’ai pas de bons produits. Depuis des années, je cours les marchés pour trouver le petit producteur de légumes de saison, pas forcément bio mais surtout qui a une démarche raisonnée. J’aime trouver des petits escargots dans la salade, les blettes.
Pourtant, si j’adapte mes recettes en fonction des saisons, je fais une exception pour la tomate qui fait tellement partie de ma cuisine, je ferme à moitié les yeux sur la provenance.
Les produits comme le pain, la mozzarella, le poisson, les bons légumes, tu n’as presque pas besoin de les cuisiner, avec une bonne huile d’olive, il n’y a rien d’autre à faire, c’est bon.
C’est la base, des bons produits pour des bons plats.

Produits frais et bruts pour la prépartion d'un plat méditerranéen

nourritures-rencontres-mariemathieu-copyright-photo-nourritures-image11

Tes gestes écolos ?

A Paris, je triais mes poubelles, tout était prévu pour ça, à proximité. A Aix-en-Provence, en centre-ville,  c’est plus compliqué, il n’y a pas vraiment les aménagements pour, il faut vraiment s’investir et s’organiser, j’essaie néanmoins de le faire.
J’arrose mes plantes avec l’eau de la salade, je privilégie les produits ménagers les plus respectueux pour la planète, je consomme bio le plus souvent possible. On mange de la viande une fois par semaine seulement. Je fais en sorte de ne rien jeter, je veille à ne pas gaspiller la nourriture.
J’aime l’idée d’une auto-suffisance alimentaire, faire un tout petit élevage pour ses propres besoins ou dans le cadre d’un troc avec son voisin, avoir un potager.

épices - condiment - herbes séchées - huile -sauce

C’est un budget important la nourriture dans ton foyer ?

Oui, c’est certain, impossible de faire l’impasse sur la nourriture. Je peux me passer de belles chaussures ou de vacances mais bien manger c’est primordial. Et même les périodes pendant lesquelles, je dois faire plus attention au budget, je cuisine des moules, des maquereaux qui sont des produits peu onéreux.

Le furikake, un condiment japonais à saupoudrer sur le riz. Du parmesan.

Des potes affamés débarquent à l’improviste chez toi, tu paniques ou au contraire tu maitrises la situation ?

Mon placard est toujours plein, je remplis mon congel au gré des marchés, je stocke du poulpe, des seiches ou des calamars pour ne jamais être en manque et ne pas devoir acheter au dernier moment, par dépit des produits médiocres. Alors forcément, ça ne m’angoisse pas du tout l’improvisation.

Marie court les épiceries worldwide

Tes adresses de restos, épiceries, marchés, … à nous conseiller ?

PARIS
Dans cette quête d’exotisme, le quartier japonais pour les soupes, le riz au calamar.
Chez Naniwa, pour les petites boules de pâte à crêpes fourrées au poulpe, les bouillons au miso.
Le Chateaubriand aussi, où ils travaillent beaucoup le poisson.
Entre amis, chez Omar, pour le méchoui couscous.
Le Petit Cambodge pour les plats à emporter.
Le Mirama, pour le meilleur canard laqué que j’aie jamais mangé.
Anahi, un resto argentin, toujours de la cuisine du monde.
Les nouveaux robinsons, à Montreuil, on trouve de tout !

AIX
Les philosophes, une cuisine traditionnelle mais de très bons produits, gourmands, très bon service, l’équipe est adorable.
La pizza, chez La familia.
Ma terre, on trouve des fruits et légumes bio et locavore, c’est délicieux.
La corbeille d’Orient, une épicerie fine de produits du monde entier.

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