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Jeunes et joyeux saltimbanques

David s'aprête à executer une figure acrobatique avec Lisa.

J’ai toujours trouvé que la rue était un formidable espace d’expression artistique. Exit les 4×3 qui polluent notre environnement à coup de fausses promesses et de désillusions, il suffit d’être un tantinet attentif pour remarquer messages et œuvres qui investissent l’espace public. On leur reconnaitra souvent une valeur subversive notamment lorsqu’il s’agit de street art. Dans la rue, il est aussi question de  théâtre, de groupes musicaux ou de danses urbaines. Le collectif la galipette se définit comme « un quintet de portés acrobatiques à la croisée du content pour rien ou plutôt pour tout et du cirque forain ». Sur le port de Saint-Martin-de-Ré, cet été, ils se sont emparés de la rue comme des dealers de poésie urbaine mêlant acrobaties vertigineuses et situations burlesques.

Artistes de rue en devenir, tous issus de la même formation spécialisée en portés acrobatiques à Lille, deux membres du collectif, Lisa et David m’accorderont une interview à l’issue de leur échauffement matinal.
Lisa est suisse, elle a 24 ans, elle est la voltigeuse de Marco et de David.
David impose une certaine prestance, il apparait comme le porte-parole du groupe, c’est lui qui présente leur travail dans la rue, il est normand et très grand.

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Pouvez-vous vous présenter ?

LISA :
Je fais du cirque depuis 15 ans, 5 ans en professionnelle. On vit tous à Lille, c’est là qu’on s’est rencontré.

DAVID :
Je viens de Normandie, du côté de Rouen. J’ai été intermittent du spectacle pendant plusieurs années, ce sont les rencontres que j’ai faites qui m’ont conduit jusqu’au cirque. Tous les membres du collectif la galipette se sont rencontrés à Lille, à la formation spécialisée en portés acrobatiques. Il y aussi Mehdi le musicien, il vient de Normandie lui aussi, Yamil, d’Argentine, Marta de Catalogne et Marco d’Allemagne.

LISA :
Marco, David et  moi formions un trio, on est rentré en première année de la spécialisation alors que  Yamil et Marta, les deux autres, sont rentrés en deuxième année. Yamil et Marta ont eu l’idée de faire de la rue afin de tester des techniques, il leur fallait des gens pour la sécurité, ils nous ont demandés de nous joindre à eux.

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Comment vous êtes-vous préparés pour ce spectacle ?

DAVID :
On a passé environ quatre semaines à se préparer pour le spectacle du moment mais de manière très découpée.
Un spectacle de rue ça se prépare à l’avance non seulement pour la maîtrise mais aussi parce qu’il faut faire des demandes d’autorisation auprès de la mairie. L’Ile de Ré, on connaissait puisqu’on était déjà là l’année dernière. Selon les communes il n’y a pas les mêmes réglementations. Pour éviter de se faire retirer notre matériel par la police, comme ça l’a été pour des collègues, pour éviter une interdiction de jouer après un certain temps à t’être installé et échauffé, on s’organise pour faire des demandes d’occupation d’espaces publics et garantir la légitimité du spectacle. On essaie de négocier des choses avec les communes parce qu’on vient animer de manière gratuite leur ville, comme eux ne nous rémunèrent d’aucune façon, on essaie de dealer des choses… à Saint-Martin il n’y a pas vraiment eu d’entente.
Tout dépend des communes, certaines nous prennent en charge, logement, transport, défraiement, elles nous accompagnent même dans la communication du spectacle. Notre spectacle ce n’est pas seulement un spectacle acrobatique, une démonstration technique mais aussi de la poésie, du rire.

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Il faut faire preuve de beaucoup de rigueur dans votre discipline ?

LISA :
On s’entraîne comme des sportifs de haut niveau, minimum 6 heures d’acrobaties par jour. A la base on s’est réunit pour une question de sécurité, on ne pouvait pas continuer à travailler en trio sans que des gens soient là pour nous entourer et sécuriser le tour.

DAVID :
Au départ c’est comme ça que ça a commencé, on a fait un enchainement technique avec de la musique, ça nous permettait de gagner un peu d’argent et cette année on s’est dit qu’on avait peut-être quelques velléités artistiques qu’on pouvez ébaucher en spectacle qui a pris cette forme pleine de compromis.  A la fois le compromis de la rue où il y a une nécessité à garder le public et en même temps l’envie de partager certaines choses importantes pour nous.
On vient tous les cinq de la même formation pour la même discipline, on a la même méthode de travail. La nouveauté c’est le travail avec le musicien Mehdi, il fallait accorder le rythme de chacun, ça n’a pas toujours été facile. On a travaillé collectivement du début à la fin, on a essayé de s’écouter un maximum.

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Concilier la rue et la rigueur d’un entraînement de sportif de haut niveau, comment  se passent les repas, le sommeil, les attributs nécessaires à une bonne forme physique ?

LISA :
En général on prend un bon gros ptit déj et un bon repas le midi. Beaucoup de légumes et de fruits, aussi des féculents. On est habitué à préparer notre nourriture nous-même, on n’achète jamais de plats préparés ou de conserves. Après on a tous des régimes différents, Marta, elle ne mange quasiment pas de féculents, elle suivait un régime paléo l’année dernière en diminuant la consommation des glucides et en augmentant celle des protéines.
Moi je ne mange jamais de féculents le soir voire je ne mange pas parce que quand on rentre à minuit après un spectacle, j’ai plutôt envie de dormir.
Le repas de midi est important, on fait des bons plats, chacun prépare à tour de rôle.

DAVID :
Enfin moi je suis suiveur, je ne suis pas très volontaire, je n’ai pas trop d’inspi mais quand ça se lance, je suis là pour couper.
Pour nous loger, on a rencontré l’année dernière un monsieur qui a une maison, il a accepté de nous héberger pour un tout petit prix. Dormir correctement c’est important, être à proximité, ne pas devoir trimballer le matériel, tout ça rend nous fait gagner du temps et de l’énergie. Autour de nous il y a beaucoup de gens très bienveillants, les commerçants, les restaurants, les bars, même les camelots. On a travaillé le matin à Belle-Ile, sur le marché, les commerçants étaient très accueillants, ils nous faisaient des rabais, nous offraient des légumes, des crustacés, du poisson.
La nourriture c’est primordial, on est assez attentif à la qualité des produits, on a nos exigences, on essaie tant que faire se peut de bien manger. Bien se nourrir bien dormir. Après on se permet des écarts,  hier Gégé (marchand de pralines sur le port de Saint-Martin) nous a offert un paquet de bonbons je peux te dire qu’il a pas fait long feu !*

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Et dans les mois à venir, quels sont vos projets ?

LISA :
Yamil et Marta ont terminé leur formation, ils doivent trouver du boulot. Nous, il nous reste un an, on a la volonté de se professionnaliser mais pour le moment on ne se met pas trop de pression, on fait c’est ce qui compte. On est trois, on travaille sur le trio, si un de nous venait à s’en aller ça remettrait en question beaucoup de choses.


*On notera que les porteurs mangent 3 fois plus que les filles.
**Détails d’une illustration de Ines Longevial

 Pour les contacter ou savoir où ils jouent :
https://www.facebook.com/collectiflagalipette/?fref=ts

photos©Lucie Cipolla

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