Autres histoires
2 commentaires

La nonna

Maman et fille de dos face à la mer

J’ai vidé mes placards. J’ai scrupuleusement fixé des crochets autour des paquets pour les rendre le plus hermétique possible et je les ai planqués au fond du garde-manger. Je savais sciemment qu’en consommer à haute dose était insalubre voire mortel. J’ai arrêté net ma consommation quotidienne parce que mon corps me faisait souffrir, tous mes membres étaient endoloris, une lourdeur et une raideur récurrentes.

Je voulais tirer des conclusions de cette expérience pour qu’elle profite à d’autres aussi. Je voulais savoir si passé le phénomène de société, je pouvais attester ou au contraire démentir le débat passionné autour de ce sujet.*

J’ai tenu trois mois, embarquant mes enfants dans cette dérive nutritionnelle et émotionnelle.

Le gluten donc, y’en a partout, ton pain, tes céréales du matin, tes pâtes mais aussi dans des trucs industriels du types plats prêts en cinq minutes ou le jambon que te réclame en sandwich ton enfant  les jours de grève à la cantoche.

Tu sais quoi gluten provient du mot glu, colle en latin, si ça déjà ça ne doit pas t’alerter. Le blé est le champion de la teneur en gluten et sa forme est particulièrement agressive, on l’appelle la gliadine. En fait nous ne mangeons pas le blé de nos ancêtres, l’intolérance au gluten est assez récente. C’est lorsqu’on découvre les vertus du gluten sur la panification (élasticité et volume notamment), que là forcément, à coup de croisement et de manipulation, l’industrie intensive s’est mise a sélectionner le blé le plus résistant pour une plus grande rentabilité. IL FAUT SAVOIR QUE RIEN QU’EN SE POSANT SUR CE BLE CERTAINS INSECTES MEURENT. Non mais et dans nos intestins, là j’ai mal.

nourritures-autreshistoires-lepain-copyright-photo-luciecipolla-image2

En observant le comportement alimentaire d’un ado en l’occurrence (pizza, céréales, brioches, gâteaux), tu comprends qu’il est à la limite de l’intoxication.

Moi dans tout ça je décide de le boycotter le gluten pour mon bien, celui de ma famille et de la planète. C’était la guerre, j’avais décidé de lutter contre le mal.

J’ai appris à me familiariser avec les farines de riz, de quinoa, de châtaigne, de lupin, de millet. Il y a pléthore d’alternatives en réalité. Les crêpes désormais étaient au sarrasin, les cakes à la farine de riz, le pain aux graines de lin. J’ai fait des stocks de fruits à coque pour combler les fringales de mes enfants, la noix de cajou coulait à flots.

Trois mois sans gluten. Après ça, j’ai continué à souffrir de mes douleurs au dos, en revanche je ressentais une sorte de confort digestif inconnu jusqu’à présent et surtout des phases d’anxiété beaucoup plus espacées.

nourritures-autreshistoires-lepain-copyright-photo-luciecipolla-image1

Le pain 100% gluten j’aime vraiment ça. J’aime le faire surtout. Manipuler la farine blanche, pétrir la pâte, la laisser lever, tapoter dessus comme sur le ventre d’un enfant. Le pain on a beau le faire et le refaire c’est à chaque fois une expérience nouvelle. C’est une histoire de transmission aussi, « la nonna » ma grand-mère sicilienne, aussi fluette était-elle, avait une puissance dans ses poings, ses muscles se dessinaient sous sa tunique noire lorsqu’elle pétrissait la pâte.

Cette expérience « gluten-free » m’a permis de revoir ma façon de cuisiner et de consommer. Je limite le gluten sans l’avoir exclu. J’ai découvert les pâtes sans gluten, j’ai augmenté la dose de légumineuses, les céréales au petit-déj ne sont pas systématiques, on trouve du pain aux graines de lin dans certaines boulangeries. Finalement est-il possible d’apporter une réponse à ce débat ? Il me semble que ce débat repose davantage sur notre culture, sur notre sensibilité et sur notre histoire personnelle, par conséquent qu’il est difficile de trouver une issue.

*dans mon laïus je n’aborderais pas la question de la maladie cœliaque.

photo 1 / j’apparais de dos avec mes deux filles ©Lucie Cipolla
photo 3 / les mains dans la farine, issue du blog journeykitchen.com 

Enregistrer

Cette entrée a été publiée dans : Autres histoires

par

Je suis graphiste et auteur. J'ai créé NOURRITURES, le journal de délectation. La nourriture, c'est un sujet universel et assez fédérateur. Je crois qu'on a tous une histoire personnelle liée à la nourriture. Dans mon journal, en posant la question de la nourriture, j'aborde les notions de transmission, d’échange culturel et social, de fraternité, de partage.

2 commentaires

  1. Caroline Guillibert dit

    Merci Virginie pour ce post!
    Beaucoup de choses à dire sur le gluten!! On connaît mieux mais les études sont toujours en cours: pas une semaine sans une publi scientifique dans un grand journal sur le sujet. Rien que dans la spécialité les liens entre les maladies immunitaires et le tube digestif sont un sujet récurent! Mais autant les bienfaits digestifs d’un régime d’exclusion ne font pas débat autant la volonté de tout soigner ainsi est une vision un peu réductrice…J’ai bientôt une formation avec de grands pontes sur le sujet. Je te tiendrai informée! Je t’embrasse!
    Caro

    J'aime

    • Merci Caro pour ton commentaire ! oui le gluten c’est un vaste sujet… quand la médecine se mêle à l’émotion, la question reste sensible, j’essaie de contrôler sa consommation en introduisant de nouvelles farines, ça permet de découvrir de nouveaux goûts (je suis complètement addict à la farine de châtaigne par ex). Bon après c’est vrai ça prend du temps tout ça 🙂
      ça m’intéresse vraiment d’avoir ton avis après ta formation. On s’en reparle très vite. Bises

      J'aime

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s