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Ninn

Ninn a le profil d’une princesse slave rebelle et boulimique de créativité. Elle est la créatrice de la marque Ninn Apouladaki. Je l’ai rencontrée chez elle, à Marseille, dans son appartement aux allures de maison de vacances où la couleur de la porte d’entrée est assortie au bleu du ciel phocéen.

Je savais que Ninn était devenue végétarienne depuis peu, sa démarche et ses habitudes alimentaires m’intéressaient, je voulais savoir comment elle s’était engagée dans cette voie. Au-delà de ses habitudes alimentaires, j’ai découvert un mode de vie en osmose avec la nature et les animaux.

visuel ouverture - vue marseille -ciel bleu

Peux-tu te présenter Ninn ? Ton parcours professionnel ? Tes projets ?

Très jeune déjà, j’avais un goût prononcé pour le dessin, je voulais devenir styliste mais j’avais un peu de mal avec la scolarité. Alors j’ai saisi l’opportunité du mannequinat lorsqu’elle s’est présentée à moi. J’ai énormément voyagé, j’ai fait de belles rencontres, j’ai appris à devenir autonome mais le milieu ne me correspondait pas.

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Par la suite, j’ai été vendeuse de noix de coco au Brésil, serveuse dans de beaux établissements parisiens, conceptrice de meubles pour enfants, musicienne, chanteuse mais la précarité de cette vie me déplaisait, j’avais besoin de me poser avec mon fils. Ma rencontre avec Guillaume, mon mari a été déterminante. C’est avec lui que j’ai créé les masques de Ninn Apouladaki.
A l’origine, mon travail est directement inspiré du maquillage prénuptial dont les femmes kosovars se paraient pour conjurer le mauvais sort. Suite à un voyage au Kosovo, ma recherche créative s’est confirmée. Les masques ont tout d’abord connu un joli succès sur Etsy. Quelques années plus tard et après un changement de vie, nous avons décidé d’ouvrir un atelier-boutique dans lequel nous vendons nos propres créations, les masques notamment mais aussi de la papeterie, des herbes sacrées, des lanternes en papier, le tout dans le plus grand respect de la nature et de l’environnement.
On développe en ce moment une partie event aussi, on répond à des demandes de masques pour des soirées à Londres, à Marseille.

salon bohème et ethnique

Je sais que tu es végétarienne depuis quelques temps, qu’est-ce qui t’as incité à le devenir  ? et ta famille ?

Chez moi, on mangeait de la viande, du cheval même mais moi ça me dérangeait néanmoins j’aimais la viande.
La pratique du yoga est certainement à l’origine de cette voie végétarienne. J’ai toujours été attirée par la vie saine, j’aime manger frais depuis toujours, ma mère malgré ses nombreuses occupations, trouvait le temps de cuisiner tous les soirs pour nous.
Et le yoga, que je pratique depuis dix ans, m’a permis de trouver un lien avec ma nature profonde. Il y trois ans, j’ai commencé à m’intéresser à la condition animale, comment c’est fait la viande ? comment ça arrive dans ton assiette ? J’ai vécu à la campagne toute mon adolescence, on avait des animaux, j’étais proche d’eux. Progressivement je n’ai plus supporté de manger de la viande parce qu’on sait désormais que les animaux, les vaches, les cochons sont doués de sensibilité. Je n’ai pas réussi du jour au lendemain à supprimer la viande de mon alimentation, ça a pris un an, parce qu’il y a une sorte d’accoutumance. La difficulté majeure c’était d’accepter le regard des autres, les réflexions me faisaient douter de mon nouveau mode de vie. Le jour où j’ai assumé mon choix à 100%, tout a changé, je peux désormais annoncer sereinement au resto que je suis végétarienne ! Mon mari m’a suivi dans ma démarche ainsi que mon fils, on est une famille végétarienne.

Qu’est-ce que ça change au quotidien d’être végétarienne ?

Au resto, rares sont les cartes qui ne proposent pas de chaire animale, je peux exceptionnellement manger du poisson si la faim est très grande. Lorsqu’on est invité chez des amis, c’est très mignon parce qu’on mange tous végétarien. Les gens sont bien intentionnés autour de nous, bon il peut y avoir encore quelques maladresses comme ce jour où des potes nous invitent pour un barbecue poisson grillé sauf qu’on ne mange plus vraiment de poisson non plus. Il y encore quelques confusions dans la définition du végétarisme.

Au quotidien, je suis très vigilante par rapport aux apports de protéines. J’étais déjà une grande mangeuse de fruits et légumes, ce que j’ai davantage incorporé ce sont les légumineuses. C’est un vrai challenge de faire la cuisine quand on est végétarien, on découvre beaucoup de nouveaux produits, de nouvelles associations.

 

 

• J’adore le thé mais je privilégie les tisanes, j’en bois à longueur de journée, mes amis savent que j’aime, ils m’en offrent souvent. Le thé vert matcha est un de mes thés préférés, il est utilisé au Japon dans la cérémonie du thé.
• La spiruline est une micro algue bleue, c’est un super-aliment parce que c’ est une excellente source en protéines végétales, je l’utilise en vinaigrette, saupoudrée sur mes salades. C’est à utiliser avec parcimonie, dans des pâtes, dans la pâte à gâteaux, dans un velouté de petits-pois.
• On essaie de réduire notre consommation de blé, nos alternatives les nouilles de riz et les pâtes au quinoa.
• Sans lui c’est la cata ! Jamais sans mon lait de coco. Dans les risottos, les soupes, les desserts…l’indispensable du placard.


 

Quelles sont tes inspirations ?

Les épices sont devenues primordiales, on ne peut pas s’en passer. Le végétarisme est très répandu dans la société indienne, je m’inspire beaucoup de leur cuisine. La cuisine afghane aussi avec les galettes à base de farine de lentilles par exemple.

Où fais-tu tes courses ?

On mange bio alors les courses c’est à la Biocop, ils sont de bons conseils en général et assez engagés par rapport aux productions locales. Je fuis les hypermarchés parce que j’ai le sentiment de collaborer à la déchéance de la planète et puis cette profusion de mal-bouffe dans les caddies, je ne veux pas participer à ça. Oui allez si j’y vais c’est pour acheter du vinaigre blanc !
Pour les fruits et légumes, je me rends aux Pissenlits, c’est une épicerie paysanne à Marseille où les produits sont bio ou d’agriculture raisonnée. J’aime les jus frais, j’envisage sérieusement l’achat d’un extracteur de jus.
Les œufs je les achète directement en provenance d’une ferme, tous comme les produits laitiers.

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Les fruits secs, les fruits à coque j’en mange tout le temps, comme un petit en-cas, en apéro aussi, c’est le grignotage idéal .


 

Tu as des références de livres de cuisine ?

J’adore les consulter mais je déteste suivre une recette, souvent je suis mon instinct. En revanche mon mari, qui cuisine lui aussi, est très pointilleux, il est très à cheval sur les temps de cuisson.
On aime aussi faire une jolie présentation, c’est devenu un concours entre nous. Même mon fils compose le p’tit dej avec talent.

Quelle éducation culinaire as-tu donné à ton fils ?

La table est une fête chez nous. Cuisiner nous permet de nous retrouver, de nous relaxer. Lucas observe ce que je fais, depuis tout petit. Il est très curieux, il n’a jamais été difficile certainement parce que je lui ai toujours proposé de tout, même les épices. La nourriture est une vraie philosophie de vie chez nous presque comme une thérapie. On raconte un voyage dans notre assiette.

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• C’est simple et parfumé, le houmous maison au paprika d’Espagne.
• Un délicieux boulanger* à deux pas de chez moi où tout est délicieux comme ces bloomer,
des petits pains fourrés au chocolat ou aux fruits.

*Maison Saint-Honoré
131 rue d’Endoume – 13007 Marseille


 

Notre façon de nous nourrir impacte directement sur notre santé, mais aussi sur l’environnement. Te sens-tu concernée par un mode de consommation responsable et durable ?

J’ai fait le choix du végétarisme par conviction éthique ,pour la condition animale évidemment mais aussi parce que l’élevage est responsable de 14% des émissions de gaz à effet de serre. Les ogm sont source de pollution et menace la biodiversité, la main-d’œuvre est de moins en moins nombreuse et faiblement rémunérée. Les pesticides contribuent à un appauvrissement du sol.

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Oseille rouge et coriandre, les herbes fraiches dans les salades, le riz…


 

Quels sont tes gestes écolos au quotidien ?

On apprend à faire nos produits ménagers nous-même comme la lessive, l’assouplissant. On composte nos déchets aussi.

As-tu des souvenirs d’enfance liés à la nourriture particulièrement marquants ?

La cuisine russe dans les pays de l’Est est très particulière, elle est très riche, on utilise beaucoup de crème fraîche, smetana en russe, c’est la base. Des plats riches certainement parce qu’il fait froid là-bas et aussi assez modeste. La profusion autour de la table est une notion importante dans mon éducation, on était modeste mais généreux. Le sens de l’accueil russe oblige l’hôte à offrir à son invité « plus que ce qu’il possède », idem pour le couchage, on offre son propre lit aux invités. Je suis assez fière de l’éducation que j’ai reçue parce qu’elle m’a inculqué cette notion de partage. Tout est posé sur la table, on mange tout en même temps, entrées, plats, desserts. Chacun compose son assiette comme il le souhaite, chaque assiette est différente, c’est très coloré, très chargé comme dans mes créations finalement.
J’ai le souvenir du maïs grillé et de la pastèque. Tu tapes dessus pour choisir ta pastèque et tu l’embarques pour filer à la plage. Ces souvenirs-là, ça nous renvoie ma sœur et moi directement en Crimée sur les bords de la mer noire.
La kacha aussi c’est de la semoule de blé très fine mélangée à du lait qu’on laisse chauffer et gonfler à feu doux. Tu dégustes cette bouillie avec une noisette de beurre et un peu de sucre, c’était mon dîner, ça a bercé mon enfance.

Ta mère cuisinait, quelles recettes t’a-t-elle transmises ?

Le bortsch, la soupe populaire slave par excellence, l’équivalent du pot-au-feu en France, avec ou sans viande. Avec du chou, de la betterave, c’est très coloré, tu manges ça dans un gros bol surmonté d’une bonne cuillère de crème fraiche.
Le caviar d’aubergine, une régalade.

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Ninn abrite dans une immense volière toute une famille perruche qu’elle a
apprivoisé et qui n’hésite pas à se poser sur son épaule lorsqu’elle cuisine.


 

Après l’interview, je me suis rendue dans l’atelier-boutique de Ninn et Guillaume. Au milieu de la frénésie marseillaise, ils ont réussi une transposition fidèle de leur univers personnel dans leur travail, leur atelier est un petit antre propice à l’évasion et à la créativité.

 

 

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Je suis graphiste et auteur. J'ai créé NOURRITURES, le journal de délectation. La nourriture, c'est un sujet universel et assez fédérateur. Je crois qu'on a tous une histoire personnelle liée à la nourriture. Dans mon journal, en posant la question de la nourriture, j'aborde les notions de transmission, d’échange culturel et social, de fraternité, de partage.

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